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Un hiver en terre chinoise

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Alors que la plupart des athlètes tricolores sont partis s’entraîner aux Emirats Arabes Unis à Al Ain cet hiver, certains sont restés fidèles à l’Australie. Ces deux destinations sont bien plus en vue que celle choisie par Pierre Labarelle et Nicolas Peschier. Les vainqueurs de la coupe du monde de slalom 2012 en C2 ont mis le cap sur la Chine durant deux mois. Privés de Jeux olympiques par le duo Klauss / Péché qui a largement dominé les sélections françaises la saison dernière, la paire Labarelle / Peschier a su se remobiliser pour être performante tout au long de la saison 2012. Trois fois vainqueur sur le circuit mondial, ils se sont déjà positionnés comme des prétendants au titre cette année. Retour avec eux sur leur choix de préparation hivernale et sur leurs belles performances de la saison dernière.

Comment s’organise votre préparation hivernale ?

Nicolas Peschier : « Cette année nous avons choisi de partir en Chine, car cela nous permet de voir si c’est intéressant de venir sur des années avec beaucoup d’enjeux, comme 2015-2016. Nous sommes partis sept semaines, dans la province du Guangdong sur le bassin de Huyuan, qui est un bassin très dur techniquement.
Pierre Labarelle : « Les raisons de ce choix sont multiples et j’ai bien conscience de la légitimité de cette question aux vues des conditions optimales d’entraînement que nous avons désormais à Pau.
La première raison, mais qui n’est à mes yeux pas la plus importante, est la recherche d’un climat plus doux pour passer l’hiver. Cela prend tout son sens aujourd’hui avec la professionnalisation grandissante de notre discipline, avec des exigences toujours plus importantes à tous les niveaux pour réaliser des performances de très haut niveau. La deuxième raison réside dans notre soucis d’éviter les routines et de nous placer continuellement dans des situations nouvelles qui nous permettront de progresser dans tous les domaines de la performance. De plus, le circuit international se déroule sur de multiples bassins et lorsqu’on passe d’un bassin à un autre en moins d’une semaine il est important de savoir s’adapter de façon optimale. La structure de Pau nous offre des conditions idéales d’entraînement, mais il me paraît incontournable aujourd’hui d’axer notre préparation sur différents supports (différents bassins d’eau vive, eau plate…) pour augmenter notre panel de savoir-faire. C’est précisément une des raisons qui nous a poussée à choisir la Chine cet hiver. Enfin, la dernière raison de notre préparation à l’étranger est liée à un souci de fraîcheur mentale. Sortir des routines habituelles permet de se placer dans un état d’esprit conquérant aux abords d’une période de la saison déterminante mais pas toujours plaisante où nous effectuons une grosse charge de travail.

De nombreux athlètes sont partis s’entraîner sous le soleil à Al-Ain, ou en Australie, pourquoi avoir choisi de partir en Chine ?
N.P : « J’avais déjà navigué en 2005 avec cette province, et Jean-Jérome Perrin notre entraîneur a entrainé ici pendant presque deux ans. Et cela permet de changer un peu de culture, d’environnement avec l’Australie notamment. Al-Ain on était pas trop chaud car on ne savait pas comment ça allait se passer, pour l’année prochaine on aura un peu plus d’informations donc on verra.

P.L : « Nous avons opté pour la Chine car cela représentait un vrai dépaysement dans l’entraînement, et parce que notre entraîneur Jean-Jérôme Perrin (entraîneur Amadonsa) qui nous suit en C2 a lié des contacts avec la province du Guandong en y travaillant en tant qu’entraîneur il y a quelques années. L’autre raison résidait également dans une recherche de fraîcheur par rapport à notre environnement d’entraînement, c’est pour ça que je parle de dépaysement. Cela prend également en compte l’environnement humain qui a, à mon avis, besoin d’être renouvelé pendant cette période.
Avec un peu de recul je peux dire que nous avons trouvé un lieu idéal où nous pouvons nous concentrer exclusivement sur notre performance. Mais il est bien sûr encore un peu trop pour en tirer des conclusions sur la qualité de notre préparation en vue des objectifs de cette nouvelle saison.

Comment s’annonce cette saison 2013 pour vous, plutôt en C1 et en C2 ou qu’en C2 ?
N.P : « Nous reprenons les deux, C1 et C2, car je pense que cela nous a un peu manqué l’année dernière de courir en monoplace. On va faire cela durant deux ans, puis on fera un bilan des résultats. Ensuite nous verrons vers quoi il faut s’orienter 

P.L : « Notre engagement dans la catégorie C2 a été un vrai coup de fouet dans ma carrière lors de la saison 2011. L’un de nos objectifs cette année est de tester notre capacité à doubler C1 et C2 en compétition de très haut niveau et d’en tirer des conséquences sur l’orientation à donner à la suite de cette olympiade en fin de saison. Nous allons donc doubler cette saison puis prendre le temps d’analyser celle-ci dans son ensemble pour repartir avec des objectifs cohérents en 2014.
Pour l’instant les « doubleurs » restent assez peu nombreux et nous avons encore besoin de prendre des informations sur notre propre capacité à performer dans deux catégories, sachant qu’à très haut niveau, tous les détails comptent dans la concrétisation de nos performances.
2012 fut une saison dans l’ombre de Klausse-Péché, Jeux olympiques obligent. Mais vous avez réalisé une grande saison de Coupe du Monde en remportant le classement général, et trois victoires (Pau, Prague et Seu).

Comment avez-vous vécu la saison dernière ?

P.L : « C’est difficile de dire que notre saison était « à l’ombre » de Klauss/Péché. Ils ont effectivement réalisé de superbes courses de sélection qui les ont qualifiées pour les JO, et nous avons raté notre objectif. Nous avons eu besoin d’un peu de temps pour digérer cela, essayer de comprendre ce qui n’avait pas marché et nous avons fait le choix de nous remobiliser très rapidement sur un autre objectif: le classement général de la coupe du Monde avec pour ambition de le remporter. De ce fait, notre saison a pris une trajectoire totalement différente de celle de Gauthier et Mathieu et finalement nous ne nous sommes pas beaucoup côtoyés jusqu’aux JO. Dans un sport individuel comme le notre, nous ne pouvons pas nous permettre de vivre une saison ou une carrière « à l’ombre » d’un ou plusieurs autres athlètes sous peine de ne pas donner notre pleine mesure et ainsi de multiplier les rendez-vous manqués. C’est précisément la raison pour laquelle nous nous sommes accrochés à un objectif secondaire, pour rebondir et ne pas rester cantonner à la contemplation et l’analyse de notre échec.

En effet, la saison des coupes du Monde a été très fructueuse pour nous puisqu’avec trois victoires et une troisième place en cinq courses, nous avons atteint notre objectif en remportant le classement général de la coupe du Monde et nous terminons l’année à la première place, ex aequo avec les frères Hochschorner du classement mondial.
Il est encore difficile aujourd’hui d’afficher des certitudes sur ce qui a marché et ce qui nous a manqué lors de cette saison mais il est certain que nos performances de fin de saison valorisent le travail réalisé jusque là. Enfin, après deux saisons de pratique du C2, ces résultats récompensent le pari que nous nous sommes lancés avec Nicolas en octobre 2010 en débutant une nouvelle carrière de doubleur C1/C2 après des années de haut niveau en monoplace.

N.P : « La saison 2012 a été très dure car nous voulions faire une médaille aux Jeux, et nous n’avons même pas passé les sélections. Nous nous sommes mobilisés pour aller chercher le classement général de la coupe du monde, et le top 3 du classement mondial. Donc on a essayé de continuer notre préparation pour ça. Nous avons réussi car nous gagnons la coupe du monde et nous sommes 1er ex-aequo du classement mondial. 

Est-ce que c’était enfin la consécration que votre binôme attendait cette victoire en Coupe du Monde?
N.P : « Non pas cette année là en tout cas, on attendait les Jeux. Mais gagner des courses ça fait toujours du bien donc on y prend goût et on va essayer de continuer…

P.L : « Cette saison 2012 nous a laissé un goût amer avec la déception olympique mais également de belles promesses sur notre capacité à réaliser des performance de très haut niveau. Parler de concrétisation c’est un peu hâtif, d’autant plus que désormais nos regards sont tournés vers 2016 et les Jeux olympiques de Rio. La route est longue et je n’oublie surtout pas les objectifs annuels que constituent les championnats du Monde (car notre sport ne saurait se borner à la course olympique!) mais nous parlerons de consécration en 2016 si nos objectifs sont remplis, en fait si nous y devenons champions olympiques.

Quel a été le déclic pour être aussi performant la saison dernière ? L’absence de pression du aux JO, qu’ont pu avoir les autres équipages, a-t-elle joué selon vous ?
P.L : « Je dirais que nous suivons pour l’instant une logique de progression qui a débuté en 2011 avec notre première saison internationale. Je pense également qu’avec cette année supplémentaire nous avons réussi à mieux nous accorder, travailler dans la même direction pour optimiser notre synchronisation sur l’eau. Notre passif en monoplace nous a permis de rentrer rapidement dans la lutte avec les meilleurs en 2011 mais il nous restait, et il nous reste encore de la technique spécifique au C2 à acquérir. Il ne faut pas non plus oublier que les participants aux JO n’avaient pas ciblé l’objectif des coupes du Monde, mais je dirais que cela a joué un rôle mineur dans la mesure où lorsqu’ils choisissaient de se présenter sur une manche de coupe du Monde, leur objectif était très certainement de réaliser la meilleure course possible. Enfin nous avons également changé de fonctionnement et notamment en terme de coaching où notre principal référent, Jean-Jérôme Perrin, entraîneur, mais ainsi que tout le groupe d’athlètes Amadonsa, nous ont aidé à nous placer dans les meilleures dispositions à l’abord des compétitions.

N.P : « Aux Jeux en C2 il manque pas mal de bateaux du fait qu’il n’y a qu’un bateau par pays donc on était beaucoup dans la même situation. Je pense que l’on n’a pas réussi à se préparer pour les piges, c’était tôt dans la saison et on était un peu en dedans. C’est une erreur qu’il va falloir corriger pour les années à venir. Par la suite nous avons repris le C1 à l’entrainement et en course ça nous a permis de retrouver plus de vitesse dans notre navigation, et de retrouver des traces de monoplace un de nos points forts, que nous avions peut-être laissé de coté.

Quels sont vos objectifs pour 2013 ? Est-ce que vous pensez à Rio en 2016 ?

N.P : « En 2013 on vise les mondiaux, les coupes du monde seront de la préparation, et on va essayer de faire pas mal de stages sur Prague et d’aller chercher des médailles. Il faut quand même passer par Pau et ses sélections avant, une étape à ne pas oublier, où il va falloir naviguer correctement pour passer, et continuer la saison.
Bien sur que l’on pense à Rio, on n’attendait un peu de savoir si le C2 restait aux Jeux, mais maintenant on peut dire que l’on prépare Rio, on a quatre ans pour continuer à progresser pour atteindre « l’objectif » !

P.L : « Nous avons désormais trouvé un bon équilibre et ces deux saisons passées en C2 nous ont permis de stabiliser une navigation que l’on va désormais chercher à optimiser.
En terme de performance, cela se traduit par la recherche du titre mondial en 2013 à Prague, sur un bassin où nous avons gagné en 2012, puis à l’horizon 2016 remporter notre qualification olympique et une médaille d’or aux JO de Londres.
Tous les indicateurs sont aux verts puisque nous disposons d’une très bonne structure d’entraînement à Pau. De plus professionnellement, je suis placé sur un poste de professeur de sport au sein de l’INSEP qui me permet de consacrer  50% de mon temps de travail à ma pratique sportive me mettant dans les meilleures dispositions pour envisager cette nouvelle olympiade et le défi qui s’offre à nous.

Propos recueillis par Mélanie Chanvillard

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