Ma descente de la Loire en Kayak

 Canoë-Kayak Magazine vous propose le récit de Quentin, passionné d’outdoor et d’aventures qui s’initie à l’expédition à la pagaie. Si vous aussi vous voulez vous enivrez d’évasion à la rame, vous êtes au bon endroit. Voici « ma descente de la Loire en Kayak » de Quentin Clavel. 

  • 950 km de descente
  • Descente entre 1er au 27 août 2021 
  • Du Puy en Velay jusqu’ à l’océan Atlantique 
  • Loire en kayak en solitaire 

La Loire en kayak

En voilà, une idée tiens ! Traverser la France à la force de mes petits bras ! Il faut avoir un grain de folie pour se lancer dans un tel défi… Pourtant, c’est ce que j’ai fait de mon mois d’août 2021, en m’élançant, avec mon kayak, sur le plus long fleuve de France : la Loire27 jours et 1 000 kilomètres plus tard, le défi était bouclé. Avec son lot de péripéties, mais aussi et surtout son lot d’émerveillements, de rencontres et de partages ! 

Aller, je vous raconte tout sur ma descente de la Loire en kayak ! 

Le choix de la descente de la Loire  

Tout part d’un petit bout de papier que je garde secrètement chez moi.  Sur ce dernier, je note les aventures de mes rêves. La feuille commence à être bien remplie (j’ai de quoi m’occuper pendant pas mal d’années encore !) et dans un coin de cette feuille j’avais noté « kayak » sans trop savoir quand, où, pourquoi … 

Et puis, pendant le confinement -c’est parti d’un jeu de mot- j’ai remarqué qu’on était tous là à galérer, à ramer, ramer, ramer … Alors je me suis dit que quitte à ramer autant le faire pour de vrai ! C’était le moment de me lancer dans cette aventure en kayak ! 

« J’ai pris une carte de France, j’ai choisi le plus long fleuve de notre pays : la Loire ! » 

Je suis né dans le département de la Loire, j’avais peut-être aussi inconsciemment envie de voir jusqu’où allait toute cette eau que j’ai vu défiler pendant mon enfance. C’est de là que l’idée de cette descente est née. 

La préparation/le matériel  

© Quentin Clavel

Avoir l’idée de descendre la Loire c’est bien, mais ça ne se fait pas du jour au lendemain ce genre de choses, une préparation est nécessaire ! D’ailleurs selon moi, l’aventure c’est 90% de préparation pour seulement 10% de « vraie » aventure ! 

Une préparation physique est évidemment nécessaire. Pour le coup je n’avais pas fait de préparation spécifique. J’avais déjà évidemment fait du kayak et n’étais pas un débutant, mais j’étais également loin d’être un professionnel. J’avais simplement ma condition physique de base. 

La préparation logistique a été la plus longue, il fallait anticiper et prévoir tout ce dont j’avais besoin. 

Il m’aura fallu trouver : 

1. Le matériel spécifique (kayak, rames, bidons, livre sur la Loire, carte…)

2. Le matériel général (vêtements, bivouac, trousse de toilette…) 

3. Le matériel pour m’alimenter (réchaud, couteau, popotte, casserole, sachets lyophilisés…) 

4. Le matériel divers (batteries externes, lampes, panneau solaire, sacs étanches, trousse de secours…) 

J’ai également eu la chance de compter sur deux soutiens importants pour cette aventure : 

  • Le club nautique de la Platière : qui m’a fourni tout le matériel spécifique (kayak, bidons, pagaies, gilet de sauvetage) et d’excellents conseils pour la navigation. 
  • L’entreprise Respire : pour toute la partie hygiène de mon aventure (savon, déodorant, brosse à dents, dentifrice, crème solaire) ça me tenait à coeur de ne laisser aucune trace de mon passage. Avec les produits 100% naturels respire ça a été chose faite. 

Le départ  

Je suis parti du Puy en Velay (premier point navigable de la Loire), le 1er août 2021

Les premiers jours de navigation n’ont pas été de tout repos, il fallait appréhender au mieux le kayak, avec son lourd chargement, le tout dans une Loire sauvage, étroite, parfois hasardeuse et dangereuse. 

Une première semaine très compliquée  

La première semaine, je navigue dans une Loire encaissée, étroite, parsemée de rochers et de rapides. 
  • Le niveau de l’eau était très bas, rendant la navigation impossible car le kayak touchait les rochers et cailloux (obligé de sortir du kayak et de marcher en le tirant avec une corde). 
  • De nombreux portages. La Loire n’est pas navigable sur toute sa longueur, il faut parfois sortir le kayak de l’eau pour faire des franchissements par voie terrestre (lorsqu’il y a des barrages, des centrales nucléaires, hydroélectriques…). Il y en avait beaucoup sur cette première portion. 
  • Une Loire un peu folle et fourbe à certains endroits (des rapides imprévisibles qui m’ont surpris et qui ont renversé le kayak à deux reprises !) 
  • J’ai perdu des éléments pendant ces deux retournés de kayak (chariot de portage à deux reprise (!!), des vêtements que j’avais laissé sécher sur mon kayak, ma GoPro, ma grille de barbecue, des sangles …) 
  • Quelques blessures (suite à ces dessalages), une fatigue psychologique, la Loire étant imprédictible, il fallait rester vigilent et concentré à chaque instant. 
  • Physiologiquement également, il faut arriver à trouver un rythme, se reposer convenablement, manger correctement et se préserver car l’aventure est longue … 
  • Entre 15 et 20 kilomètres de rame en moyenne par jour la première semaine. Loin de mes estimations ! (Si je continuais à ce rythme là je serais toujours en train de ramer !) 

Les semaines qui suivirent  

À partir de la deuxième semaine et l’arrivée à Roanne, tout s’est « simplifié », beaucoup moins de barrages (donc de portages), un niveau d’eau convenable et des journées où les kilomètres s’enchainaient beaucoup plus rapidement (40 à 50 kilomètres par jour, pour environ 6/7 heures de rame). 

Les difficultés sur les semaines qui suivirent furent : la fatigue, les bancs de sable, bien être attentif à suivre la veine d’eau principale pour avoir une profondeur suffisante, les marées à partir d’Ancenis, ainsi que la force des vagues à l’approche de l’océan. 

Mon organisation pour m’alimenter  

Je m’étais réservé un bidon étanche entier pour la nourriture. Lorsque je me suis élancé sur cette descente de la Loire en kayak, il pesait 16 kilos. 

À l’intérieur j’avais le nécessaire pour être autonome. Voici comment je m’organisais pour mes repas : 

  • Petit déjeuner : je mélangeais de l’eau avec de la poudre de lait, du chocolat et des céréales. 
  • Déjeuner : je m’arrêtais dans des villes et villages, et achetais dans des petits commerces (boulangerie, boucherie, fromagerie) ou directement sur des marchés. 
  • Diner : je mangeais de la nourriture lyophilisée. Grâce à mon réchaud, je faisais bouillir de l’eau, que je mélangeais à la nourriture, cela permettait de réhydrater le tout. 

Je laissais mijoter 10 minutes (avec la vapeur cela cuisait la nourriture). Et enfin, je dégustais mon diner (malgré ce que l’on pense du lyophilisé, je me suis fait des vrais plaisirs, avec de la tartiflette, du boeuf bourguignon et j’en passe. C’était excellent !). 

Et pour dormir ? 

Tous les soirs, aux alentours de 18/19h je commençais à regarder les bords de Loire pour voir si je trouvais un endroit sympa pour bivouaquer

Dès que j’en trouvais un je m’arrêtais, sortais le kayak de l’eau, sortais tous mes bidons, et installais mon camp pour la nuit (tente, sac de couchage, matelas …). 

J’ai dormi quelques fois à la belle étoile et je me plaisais à faire des feux de camps lorsqu’ils n’étaient pas interdits (sur les parcs naturels ou les espaces protégés). 

J’ai aussi dormi une fois dans un bateau abandonné, c’était incroyable ! Et j’ai été accueilli quelques fois chez des amis, ou des inconnus qui me contactaient pour m’offrir le gite et le couvert (tellement gentil !). 

Mais l’hygiène dans tout ça ? 

Durant cette aventure, j’ai eu la chance de compter comme partenaire la marque de soins d’hygiène naturels Respire, ce qui m’a permis d’être propre et de sentir bon pendant toute l’aventure (si, si, véridique !). 

Plus que de sentir bon, les produits Respire sont respectueux de l’environnement et me permettaient de ne laisser aucune trace de mon passage (c’était un impératif pour moi). 

Ainsi, je me douchais régulièrement dans la Loire grâce aux savons durs 100% naturels. 

J’utilisais également les déodorants, le dentifrice solide et (plus rarement malheureusement) la crème solaire. 

Voici ci-dessous mon ressenti plus personnel de cette aventure : 

La météo horrible

Une météo digne d’un mois de novembre (si j’ai eu 7 jours de beau temps sur les 27 jours d’aventure, c’est un maximum !). J’ai subit de nombreux jours de pluie, j’ai souvent eu froid, il y a également eu quelques orages, de la grêle et par moment un vent très puissant voire insurmontable (sur certaines portions, même en ramant de toutes mes forces, je reculais du fait de la puissance du vent !) 

Mais quand il faisait beau, il faisait très beau et très chaud, c’était les deux extrêmes en fait ! 

Le partage  

Une aventure basée sur le partage. Beaucoup d’échanges, notamment avec les pêcheurs, qui étaient les personnes que je voyais le plus et avec qui j’échangeais le plus au quotidien. 

Mais aussi les locaux que je me plaisais à aborder pendant mes pauses pour découvrir les villes et villages en bordure de Loire. 

Des amis sont venus me voir le long de mon aventure, j’ai même pu quelques fois dormir dans un lit confortable, avoir un bon repas et une douche chaude (le grand luxe !). 

Plus surprenant, de parfaits inconnus m’ont contacté (via les réseaux sociaux voire directement avec des pancartes en bord de Loire (Cf image ci-dessous)), m’invitant à m’arrêter pour partager un moment avec eux … 

Des expériences exceptionnelles, spontanées et tellement enrichissantes ! L’entraide des locaux pendant mon aventure a été incroyable. 

Que ce soit sur des portages, pour me sortir de certaines galères, pour que je puisse faire un appoint d’eau, ou dans n’importe quelle autre circonstance, les personnes rencontrées étaient extrêmement avenantes, gentilles et bienveillantes

Mon aventure attisait également beaucoup de curiosité et de questionnements, qui se soldaient toujours par la volonté de faire quelque chose pour m’aider, me soutenir et prendre une petite part à ce périple. 

La nature  

Bien que dénaturée par l’homme à certains endroits (barrages, centrales …), la Loire est considérée comme l’un des fleuves les plus sauvages d’Europe

Je peux comprendre pourquoi : sa faune et sa flore sont exceptionnelles ! J’ai eu l’occasion d’observer de nombreux oiseaux, poissons, gibiers, animaux sauvages … Avec même par moment des spectacles d’envols de volatiles par milliers, qui furent tout simplement à couper le souffle

Fûtreau à voile carrée, une embarcation caractéristique du fleuve 

Le fait que le fleuve soit interdit à la navigation fluviale (jusqu’à Nantes environ) le rend également très sauvage et calme. Les seules embarcations que j’ai pu voir au long cours étaient des bateaux Ligériens typiques du fleuve (Gabare, Toue, Fûtreau …) 

Prendre le temps  

C’était une nouvelle façon de voyager pour moi, sur l’eau, en prenant son temps, au rythme du fleuve. Je n’avais jamais fait de voyage en kayak sur une aussi longue distance. Ce fût une expérience incroyable. 

La solitude ne m’a pas posé problème, elle ne me dérange pas, au contraire, c’est la meilleure façon pour moi de réfléchir, penser et vivre l’instant pleinement. 

C’est aussi l’occasion de prendre du temps pour faire émerger des réflexions, se focaliser sur ce qui nous entoure (la faune, la flore, les habitants, les beautés de notre pays, ses différents changements (géographiques, géologiques…)). 

Alors évidemment, j’adore les aventures partagées, mais j’apprécie également la quiétude et l’introspection que peut apporter une aventure en solitaire. 

Et puis quand il y a des galères on est seul face à soi même pour les résoudre, c’est très intéressant, ça permet de mieux se connaitre, de puiser dans ses ressources et de faire des choses qu’on n’aurait sans doute jamais imaginé se sentir capable de faire. 

La France est belle  

Voir la France défiler sous mes yeux, au rythme de mes coups de pagaies était quelque chose de magique. 

Moment privilégié au lever de soleil ! 

Tantôt une Loire encaissée dans des gorges magnifiques, puis un élargissement pour arriver sur une France plus agricole, préservée, ou la nature est omniprésente. 

Le fleuve passe ensuite en plein coeur de la Bourgogne et de sa Région du charolais où les vaches se plaisent à se baigner dans le fleuve, créant parfois quelques bouchons sur mon passage ! 

Vient ensuite le moment des villes et villages bordant la Loire, qui laissent rapidement place aux châteaux et aux cités fortifiées. On sent qu’une grande partie de l’Histoire de France s’est jouée ici. La Loire est d’ailleurs classée au Patrimoine mondial de l’Unesco sur cette portion. 

Enfin, après Nantes, la Loire devient progressivement océan. La largeur de la rive s’étends désormais sur plusieurs kilomètres et il faut faire attention aux marées, aux vagues et aux énormes embarcations avec lesquelles je dois partager l’espace. 

Ces 1 000 kilomètres de Loire sont pleins de contrastes et de changements, on ne s’ennuie (presque) jamais ! 

Les imprévus  

Je les mets au même titre que les galères, c’est inhérent à l’aventure. En partant on sait qu’il va y en avoir. On ne sait pas combien, ni à quelle échelle de la galère on va se situer, mais il ne faut pas perdre de vue qu’il y en aura, qu’on ne peut pas tout maitriser. Il faut simplement tout faire (dans la préparation notamment) pour les anticiper, et celles qui sont inévitables, il faut arriver à les gérer du mieux que possible, en priorisant avant tout sa sécurité personnelle

Et ensuite ? 

Après ce mois d’aventure sur le plus long fleuve de France, je suis rentré dans une période dédiée à mes activités événementielles, jusqu’à fin novembre. En parallèle, je prépare déjà très activement la prochaine grosse aventure, qui se déroulera d’ici à la fin de l’année. Elle sera encore plus énorme que celle que je viens de vivre sur la Loire ! 

Premiers petits indices, elle se déroulera à l’étranger, avec un autre moyen de locomotion que le kayak et cette fois-ci s’étalera sur une durée de plusieurs mois ! 

Affaire à suivre … 

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Instagram : Quentin Clavel 


Matériel pour l’expédition

Matériel spécifique  

  • 1 kayak, 2 pagaies, 1 gilet de sauvetage. 
  • 3 bidons étanches (2 grands, 1 petit) 
  • 1 chariot de portage 
  • Chaussures d’eau et sandales 
  • Le livre « La Loire vue du fleuve » 
  • Corde pour portage 
  • Chaîne + cadenas pour amarrage 
  • Kit de sauvetage-gaffeur 
  • 1 antivol 

Matériel général  

  • Bivouac (tente, sac à viande, matelas, duvet, lampe bivouac et lampe frontale). 
  • Balise GPS 
  • Trousse de secours (tire tique, compressé, pansement, gants, strap, competed, ciseau, sterile, linette, 1 boussole, 1 sifflet, 3 bande de strap, tube de voltarene, 1 couverture de survie 1 gel hydroalcoolique) 
  • Trousse de toilette (2 crème solaires, dentifrice solide x60, brosse à dent, savon et shampoing) 
  • petite microfibre, 1 serviette 
  • filtre à eau (katadyn) 
  • poche à eau 3L 
  • paire de lunettes de plongée (jamais utilisé) 
  • couteau suisse 
  • panneau solaire 
  • gopro 
  • batterie externe 
  • mini pelle 
  • jeu de carte (jamais utilisé) 
  • masque #Covid 
  • harmonica 
  • livre pour ecrire, 2 pour lire 
  • Mes papiers d’identité… 

Alimentation  

  • Popotte (1 réchaud, 2 recharge gaz, 2 couverts, 2 assiettes, 1 opinel, 1 briquet, 1 casserolle avec couvercle, 1 tasse/verre). 
  • Nourriture pour 15 jours d’autonomie complète, que j’ai complété au fur et à mesure au fil des commerces croisés, marchés… ) 
  • 1 sac petit déjeuner (1 bouteille dans laquelle j’ai mélangé poudre de lait et chocolat en poudre), un paquet de céréales + quelques petit dej lyophilisé. 
  • 1 sac repas : 5 pâtes chinoises, des soupes et 15 dîner lyophilisés. 
  • Grille pour barbecue 
  • 2 bières (qui n’ont pas fait long feu ) 
  • Sac zip x5 
  • Sac de condiments (sel, poivre, épices…) 
  • Papier cellophane 

Habits  

  • bonnet 
  • polaire 
  • pull 
  • doudoune 
  • surpantalon etanche 
  • k-way 
  • paire de gants 
  • caleçons 
  • hauts techniques (1 manche longue) 
  • tenue sortie (shirt tee shirt et chemise) 
  • shorts (3)
  • paire de chaussettes 
  • pantalon technique 
  • haut technique à capuche 

Récit et Photos © Quentin Clavel

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