A ne pas manquer Actus Actus Canoë-Kayak

Guil en danger : la mort de l’ange gardien ?

Partager
Poste Le 20 mars 2021 par adminCKM

Et toi tu as fait la combe de l’Ange Gardien ? 

On a tous entendu parlé du Guil. Ce petit écrin bleu turquoise qui jaillit de la vallée encaissée du Queyras. Quand on remonte sur ses berges jusqu’à Château Ville Vieille on a le sentiment d’être au bon endroit, au cœur d’un joyau naturel. Pourtant ce royaume préservé pourrait bien perdre de sa superbe avec une amputation possible…Un projet de mini centrale hydroélectrique menace l’une des sections les plus prisées, empruntée par près de 15 000 pratiquants chaque année.

Le bureau d’étude Élément Green, prévoit d’implanter une installation sur le Guil, à Château Queyras, pour la commune de Château-Ville Vieille. 

3 ouvrages pourraient être mis en place juste en amont de la Combe de l’Ange Gardien.

Une prise d’eau qui sert à dévier une partie du cours d’eau, une conduite forcée souterraine qui redistribue ensuite l’eau en aval, ainsi qu’un bâtiment.

Autorisation au Maire à signer une promesse unilatérale de bail emphytéotique avec la société́ Éléments – extrait compte rendu mairie château ville vieille

http://www.mairiechateauvillevieille.com/crcm/Compte-Rendu%20du%2010%20décembre%202019.pdf

L’installation sera capable d’alimenter 600 foyers français, soit deux fois la consommation de Château-Ville -Vieille.

La situation est inquiétante pour les pratiquants en eaux vives, les éléments de dossier sont déjà bien avancés, et la municipalité soutient le projet.

« Tous les propriétaires fonciers ont donné leur aval. Il faut savoir que la conduite forcée va être enterrée et puis bon,  c’est une microcentrale, ce n’est pas un gros projet. »

Jean Louis Poncet, Maire Château Ville la Vieille

Le projet sera à l’étude 2 ans avant validation ce n’est donc pas sûr qu’il voit le jour. Mais on sent bien que le maire et la municipalité imaginent essentiellement la dimension financière de ce projet.

Conséquences d’un aménagement hydroélectrique sur le Guil : © Michel Baudry

« Nous on l’espère (la municipalité) parce que ça représente une manne financière pour la municipalité. » Jean Louis Poncet

Source radio ram05.com

Et bien nous non. Si la municipalité est enthousiaste, le monde de l’eau vive l’est beaucoup moins.  Aux yeux d’un kayakiste ou d’un rafteur, penser une microcentrale sur le Guil ce serait comme mettre des péages dans les nuages. Alors oui l’opposition s’organise et s’inquiète parce que c’est un véritable segment navigable qui disparaitrait, et pas des moindres. Avec le projet en place les sociétés de raft, les kayakistes et autres pratiquants du cours d’eau verraient la rivière se faire amputer de 5km de descente, dans l’un des lieux navigables les plus emblématiques des Alpes.

« La plus belle partie du Guil se trouve à la restitution du projet c’est ce qu’on appelle Gorge de l’Ange Gardien. Si vous enlever 3m3 elle n’est plus navigable. On ne pourra plus du tout y accéder. »                                                                                                                                                                         

Vincent Lothe, Gérant Quey’raft   Source radio ram05.com

Le Guil en quelques chiffres* :

45 structures (indépendant et sociétés) 18 000 descentes par an 50 emplois (temps plein)

Microcentrales en quelques chiffres** :

2500 installations Parc hydroélectrique français 1250 pico ou microcentrales  10,4 % électricité consommée en France (production totale) 0,2 % électricité consommée en France (production pico et microcentrales)

Conséquences d’un aménagement hydroélectrique sur le Guil : © Michel Baudry

L’énergie hydroélectrique est une ressource propre et renouvelable, on en convient. Mais d’après la société Éléments :  

« Les nouvelles centrales hydroélectriques ne modifient quasiment pas la morphologie des cours d’eau et garantissent un impact minime sur la faune et la flore de ceux-ci. Leur proximité des bassins de consommation permet de réduire les pertes dues à l’acheminement de l’énergie. » Source radio ram05.com

Ce sont deux arguments qui ne sont pas audibles pour la situation du Guil. Dans un premier temps, la morphologie du cours d’eau sera bouleversée. De plus, l’usine hydroélectrique sera situé 2km accidenté plus bas.  Tout ça sans compter que la MCH fonctionnera avec un débit minimum, et ce débit minimum n’est pas atteint en période hivernale. Ce qui revient à dire finalement, que l’énergie sera surtout produite en période estivale, a priori le moment où l’éclairage, le chauffage et la consommation d’électricité au plus bas, et le tourisme au plus haut. 

Face aux inquiétudes, la société cherche à rassurer les acteurs locaux.

Pour nous il n’est pas du tout question de détruire la rivière. On pense qu’avec différentes mesures adaptées on peut concilier les différents usages. La première serait d’augmenter le débit réservé sur l’été, la deuxième tout simplement, c’est imaginable d’arrêter l’activité de la centrale sur la journée en période estivale » société Élément

Le bureau d’étude Élément Green dit vouloir intégrer son projet et non priver les utilisateurs de la rivière. Sauf que d’un point de vue écologique, on ne peut pas faire plus néfaste que de faire varier les débits. Mais bon passons. Au-delà du Guil, c’est bien le concept même de développement de ces microcentrales qui suscite les débats et représente une menace écologique constante. 

« C’est une catastrophe, un désastre environnemental. Un barrage en béton fragmente les écosystèmes  Il bouleverse les milieux, bouleverse les régimes des rivières, il bloque les sédiments, forment des barrières toujours infranchissables pour les poissons. De plus l’installation est soumise ici dans le Queyras à la surchauffe et au gel. C’est vraiment dramatique sur le plan écologique. » 

Bernard Fanti Président de la fédération de pêche des Hautes Alpes.

Et comme le dit Daniel Gremillet (sénateur des Vosges) à propos de la pico et micro-hydroélectricité :

« elle représente environ 1250 centrales (soit environ 50% des installations) pour une production de l’ordre de 1,1TWh (soit 2% de la production totale d’hydroélectricité et 0,2% de la production d’électricité).» ;

Triple chute quadruple sourire © Quey’raft – Vincent Lhote

 « L’intensité des impacts n’est pas proportionnelle à la puissance installée: une installation de très faible puissance peut court-circuiter un tronçon de plusieurs kilomètres de cours d’eau ou constituer une barrière totale à la circulation des poissons. »            

Source : Office Française de la Biodiversité

On se retrouve donc propulsé en plein paradoxe humain. L’Homme veut protéger la nature, mais aussi l’utiliser pour subvenir à ses besoins. Ce qui pose la question de l’énergie pour l’Homme. 

Depuis les premiers hommes, non seulement notre population a été multipliée par un facteur mille, mais en plus la consommation unitaire d’énergie par individu a été multipliée par un facteur 10 à 20.

Comment faire pour subvenir à nos besoins sans bafouer nos écosystèmes et terrains de jeu ? 

Les projets de mini centrale sont effectivement source d’énergie renouvelable, propre et non polluante. On peut donc comprendre l’intérêt que lui porte la municipalité. De leur point de vue, le projet représente une source d’énergie et de financement « vert ». 

Mais quid de la dégradation du site naturel ? Et de l’enjeu économique que représente le tourisme sur le Queyras ? Autant de question posées par ce type de projets dont on connaît les effets délétères. 

© Quey’raft – Vincent Lhote

Arrêter les énergies fossiles oui, mais en contrepartie, détruire des éco systèmes entiers et des parcours naturels convoités par la faune local et l’activité touristique qui affluent sur les berges et dans les contres ? Non.

On parle de transition écologique (et nous y souscrivons tous) mais jamais nous n’évoquons réduction de consommation. Jamais nous ne parlons de changement de mentalité qui nous mène tout droit à ce genre de siphons qui aspirent nos terrains de jeux.

Le mot de la fin avec le sénateur des Vosges, Daniel Gremillet

« Si l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique français est une nécessité, la promotion indifférenciée de la «petite hydroélectricité» n’est pas souhaitable compte tenu de son coût plus élevé, de son bénéfice moins important pour le système électrique et de son impact environnemental disproportionné »                                                                   

(d’après PPE 2019-2028). Source : Office Française de la Biodiversité

X